L’écriture inclusive fait débat depuis plusieurs années, car elle intègre par définition, les composantes à la fois féminines, et masculines de l’écriture, et ce, de façon systématique, dans le but de combattre les stéréotypes sexistes. Il s’agit là d’une question épineuse, fer de lance entre autres, des formations féministes elles-mêmes. Mais plus précisément, de quoi s’agit-il ? Quel impact peut avoir l’application de ces nouvelles règles d’écriture ?

Définition et explications de l’écriture inclusive

Certains éditeurs ont récemment décidé de publier et diffuser un certain nombre de fascicules uniquement destinés aux classes de CE2, afin de les sensibiliser à cette nouvelle façon d’écrire, qui féminise les mots en plaçant ou incluant systématiquement la terminaison féminine. Dans ce petit ouvrage lié à la vie scolaire, différents métiers pouvant être exercés autant par les hommes que par les femmes, y ont été orthographiés de la manière suivante, pour donner un cas concret et un exemple précis : « agriculteur·rice·s », artisan·e·s” mais aussi et encore « commerçant·e·s ». Le concept consiste à écrire sans que l’aspect masculin ne prenne le dessus, de quelque manière que ce soit, tel que cela est fait habituellement dans quasiment tous les ouvrages qu’il est possible de trouver en France en particulier, et que les deux genres soient utilisés de manière totalement égalitaire. Selon certains spécialistes, cela permettrait de mettre en terme à la hiérarchisation des genres au travers des écrits.

L’éditeur Hatier en a, par ailleurs, fait son fer de lance. Selon lui, les écrits scolaires reflètent la société, et toutes les évolutions liées à cette dernière. Ils ont tendance à cristalliser les grands et modernes débats de notre société contemporaine. La liberté éditoriale dont jouissent les auteurs et éditeurs, permettent à ces derniers d’être plus à l’écoute de ces débats, tout en respectant les directives prônées par le programme de l’Education Nationale Française, de l’École de la République. Bizarrement, le ministère concerné, lui, ne cherche pas particulièrement à défendre ce nouveau type d’écriture, et ne fait que s’en remettre aux responsabilités des éditeurs engagés en ce sens.

Les trois grands principes de l’écriture inclusive.

L’écriture inclusive intègre trois principes basiques et indispensables pour maintenir un certain de niveau de cohérence : Tout d’abord, l’écriture inclusive doit permettre d’accorder les grades, les fonctions, les métiers, et même les titres, en fonction du genre de la personne concernée. Ainsi donc, apparaissent de nouveaux mots tels que « autrice », ou encore « pompière ».

Le second principe, tout aussi important, est celui selon lequel, en cas d’utilisation du pluriel, le masculin ne l’emporterait plus sur le féminin : l’inclusion des deux sexes est automatiquement intégré grâce à l’utilisation du point médian, permettant ainsi de transformer le mot « électeurs » en « électeur·rice·s », ou encore les citoyens en « les citoyen·ne·s ». Un autre cas de figure concernant ce principe, plus marquant celui-ci : les maçons deviennent alors « les maçonnes et les maçons ».

Puis intervient le troisième et dernier principe de l’écriture inclusive, celui permettant d’éviter l’utilisation de mots communs tels que « homme » ou « femme ». En effet, plutôt que ces termes, il sera dorénavant de meilleur goût d’utiliser le mot « humain », pour exemple.

Écriture inclusive : un débat qui fait rage depuis longtemps.

C’est depuis 2015, que le Haut conseil à l’égalité entre les Hommes et les Femmes, met en avant ces nouveaux principes d’écriture, et est allé jusqu’à publier un guide mis à disposition gracieusement, afin de prôner une communication publique sans stéréotypes sexuels. Ce conseil préconise également d’accorder les noms de métiers, grades et titres, avec le sexe des personnes qui les représentent, selon lui, parce que ces noms de métiers, ces titres, ou fonctions, existent déjà au féminin depuis le Moyen-âge. Il n’y a donc pas lieu de soustraire les femmes aux écrits modernes. Et par conséquent, nous écrirons « Madame la Maire » afin d’appliquer ces principes.

Un grand nombre de personnes considèrent ces nouvelles règles (qu’il s’agisse d’écrire un livre ou autre) comme étant inutiles, anecdotiques, voire ridicules, pourtant, un certain nombre de spécialistes telle que Madame Eliane Viennot, professeure de littérature et auteure, a pris la défense de l’importance de telles mesures : Selon la spécialiste, le langage participe à la structuration de nos pensées. Donc, pour elle et d’autres partisans de ces mesures, expliquer dès le plus jeune âge les règles précédentes (le masculin l’emporte sur le féminin) ne peut en aucun cas contribuer à mettre en lumière, sur le plan éditorial, l’égalité des sexes. De même lorsqu’il s’agit de s’adresser au masculin à un groupe composé uniquement d’hommes.
Concernant les propos généralistes et globaux, quasiment entièrement rédigés de manière masculine, on peut aisément voir qu’ils sont uniquement destinés aux hommes. La spécialiste précédemment citée met en évidence et par exemple, un article récent sur les nouvelles générations d’agriculteurs, qui faisait référence à quelques représentantes de la gente féminine, mais qui se soldait sur un commentaire, une constatation précise : L’angoisse principale de cette génération de travailleurs, et celle liée à leur recherche d’épouse !

Dans le cas où l’article avait été intitulé « Les jeunes agriculteurs et agricultrices », le journaliste à l’origine de cet article se serait davantage tourné vers les jeunes femmes engagées dans le monde agricole. Il nous aurait été alors possible de comprendre ce qu’elles représentent dans cette profession difficile, les discriminations auxquelles elles sont confrontées, leurs souffrances (car aucun congé de maternité possible par exemple…), et surtout comment elles voient métier dans les années à venir.

Pourquoi l’écriture inclusive fait-elle tant polémique ?

La spécialiste nommée plus haut rappelle également que la langue française, fut très longtemps bien plus égalitaire qu’à ce jour. Elle confirme par exemple que la gente masculine avait dominé les temps de paroles attribués publiquement durant de longs siècles. Par contre, il est à noter que la masculinisation de la langue Française a été faite au fur-et-à-mesure du temps de manière délibérée, et ce, à compter du XVIIe siècle, sous l’impact de groupements dits puristes. Cette catégorie d’hommes qui considéraient la bonne utilisation du langage comme étant celle n’impliquant que très peu de termes féminisés. Ils en ont profité pour faire bannir de la langue commune des noms féminins jusqu’à présent utilisés dans leur juste contexte, (tels que « autrice », « peintresse », et autres…), et ont tenté d’éradiquer l’accord de proximité, en faveur de l’accord selon le genre le plus « noble ».

Pourtant, cette nouvelle vision de l’orthographe et de la grammaire fait face alors à une cohorte de détracteurs, particulièrement attachés à la langue traditionnelle Française. D’ailleurs, le philosophe et écrivain Raphaël Enthoven y vit une agression verbale globalisée au travers d’un faux égalitarisme.

De manière plus contemporaine, certains députés d’un parti de droite en France et de nos jours, ont envoyé une missive au Ministère de l’Éducation, afin d’interdire l’obligation de l’utilisation de l’écriture inclusive, en particulier dans les manuels scolaires. Selon eux, il s’agit là de dénaturer la langue Française et que la résultante est proche de ce que George Orwell prédisait au travers de sa fameuse « novlangue », langue créée de toutes pièces dans un état fictif, mais proche de la dictature, afin de supprimer toutes possibilités de pensées subversives. Selon ces députées, également, l’écriture inclusive risque d’être un outil d’instrumentalisation dédié à nos écoliers.

Le Québec a adopté l’écriture inclusive

La France elle démontre, à ce sujet, une résistance fondée sur la tradition. Mais depuis près de trente années maintenant, de nombreux pays occidentaux pour la plupart, ravivent périodiquement les flammes d’un débat houleux, mais dont l’objet reste une quête qu’il devient indispensable de travailler.

Au Québéc, on a renoncé aux Droits de l’Homme, pour accepter davantage les Droits de la Personne, une différence de poids. Un couple du Québec a par ailleurs publié un livret dédié à l’écriture inclusive, intitulé « Grammaire non sexiste de la langue Française », qui selon les auteurs, fédère un mouvement large, et certainement irréversible.

Mode d’emploi de l’écriture inclusive

Le langage inclusif est également nommé langage épicène, ou langage neutre. Il décrit et intègre les éléments de langages égalitaires des femmes et des hommes dans la même langue. Les possibilités d’intégration de l’écriture inclusive sont nombreuses : féminisation des titrages, des noms de métiers, la double flexion également (par exemple « les étudiantes et les étudiants »), aussi les accords de proximité, les accords majoritaires, et pour finir l’utilisation des points médians (exemple : « les étudiant·e·s. », ceci restant rare et très souvent sujet à polémiques).

Au cours de l’an 2015, le Haut Conseil à l’égalité (communément appelé le HCE) entre les Femmes et les Hommes avait diffusé un fascicule pour pousser les pouvoirs publics à entreprendre de communiquer sans sexualisation. Un guide d’écriture inclusive a également été publié par une agence de communication connue.

Les Français·e·s divisé·e·s !

L’Académie Française, elle, pense que l’écriture inclusive provoquera une catastrophe programmée. Ce nouveau mode syntaxique d’utilisation des mots composant la langue Française risque d’amener cette dernière vers une illisibilité obscurantiste.

D’autre part, plus de trois cents professeurs ont apposé leurs signatures sur une tribune en ligne promettant de refuser de poursuivre leur enseignement en utilisant la règle de grammaire traditionnelle « le masculin l’emporte sur le féminin », et ont tenté d’encourager les autres professions littéraires (journalistes, écrivains, les enseignants…) à les suivre dans leur mouvement.

A contrario, certains autres professeurs (dont certains Académiciens) expriment fermement leur mécontentement en jugeant cette initiative génératrice de polémiques peu utiles, engendrant une complexité supplémentaire de la langue Française qui n’est vraiment pas nécessaire en ces moments de troubles. Ces derniers indiquent également que l’application globalisée des syntaxes issues de l’écriture inclusive compliquerais davantage encore les difficultés déjà lourdes de conséquences dans le domaine de la dyslexie, ou celles rencontrées par les personnes non voyantes ou malvoyantes.

Le féminin, le masculin, pour une langue.

Vous ne vous êtes jamais demandé de quelle manière les gentes féminines et masculines sont représentées dans les langues, pas uniquement dans la langue Française ? L’équité est-elle appliquée en toutes circonstances ? Ce mode d’écriture inclusive génère depuis longtemps débats sur débats, et mets sur le devant de la scène un véritable questionnement sur la langue Française traditionnelle, contemporaine. Comment définir le genre au final. Le neutre existe-t-il de manière foncière et réelle ? Comment a été prise la décision qui fit le masculin dominant ? Les établissements d’apprentissage doivent-ils être sollicités pour apaiser et ou solutionner les débats en cours et à venir ?

Un autre essai récemment publié par un groupement de linguistes, afin de donner une nouvelle dimension au débat sur l’écriture inclusive, intègre cette fois l’histoire et les origines de la langue. Ils se sont attelés à l’examen approfondi du périmètre associé au débat, afin d’en ressortir des éléments plus clairement définis. Ont été également mis à l’étude, et dans le même but, un ensemble de rapports particulièrement complets sur les langues d’autres pays, (Anglaise, Allemande, Japonaise, Arabe), permettant ainsi d’attaquer le problème (s’il en est un) sous d’autres angles.

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